Premières impressions de lecture.

Dans l'esprit de la mythique "Quatrième Dimension", une fable fantastique pétrie d'humanisme !"

Jacques Coupienne -Chroniqueur Ciné -

vendredi 9 décembre 2016

PRESENTATION

20 MINUTES AVANT QUE LA MORT NOUS FAUCHE
Drame fantastique
(2 hommes )
Pièce protégée à la SACD depuis décembre 2016


L’histoire : Durant la Grande Guerre, deux soldats ennemis se retrouvent bloqués dans une tranchée sans pouvoir en sortir. Dans vingt  minutes, les gaz envahiront l’endroit. Ces vingt minutes se répètent indéfiniment. Les deux hommes doivent réussir ensemble à s'évader sous peine d’être bloqués à jamais dans ce no man’s land temporel.



Commentaires :
Quand j’ai commencé à songer à cette pièce, un autre auteur venait juste de sortir la sienne avec un sujet similaire (Stéphane Titeca –Le choix des âmes-), j’ai dû réfléchir à un autre angle tout en refusant de la lire pour ne pas être influencé.

Il me fallait de plus un élément surnaturel. La guerre, éternel recommencement, est donc devenue une boucle temporelle qui oblige deux ennemis, à progresser ensemble. Si le concept a déjà été utilisé au cinéma dans les genres comédie et fantastique, je ne connais pas d’équivalent au théâtre et s’il existe, il ne doit pas être si fréquent que cela.
Il s’ensuit un certain phénomène de répétitions dans les premières scènes, à travers les situations, les positions et les dialogues mais j’ai veillé à toujours faire évoluer l’histoire à chaque fois.
Les destins d’Emile Préjean et Curd Feldmann sont liés à l’époque de la Première Guerre Mondiale car j’avais très envie d’écrire quelque chose sur cette période. Toutefois, certaines de leurs répliques gardent une portée universelle. La pièce ne prétend pas arrêter les guerres mais montre les réactions de deux hommes liés par un sort commun s’ils ne renoncent pas à s’entretuer. Le fait de se retrouver dans une situation extraordinaire et à première vue inextricable les oblige à collaborer assez rapidement.
Il s’est posé dés le départ le problème de la langue. Comment un allemand et un français communiquent-ils quand ni l’un, ni l’autre ne connait le langage de son adversaire ? J’ai résolu ce souci avec une explication «surnaturelle » et même révélé à la fin l’anomalie du départ.
Pas de rôles féminins dans cette pièce même si des personnages sont évoqués dans certains dialogues.
L'arrivée des gaz, dénouement récurent à la fin de plusieurs scènes, est symbolisée par le son d'une sirène d'alerte et un noir plateau progressif. (Libre aux futurs metteurs en scène d'avoir un  autre choix).
Pour le décor, on voit souvent des tranchées allemandes en parfait état dans les documents historiques, ici, c’est une tranchée dévastée qui est le cadre de l’histoire.
Parce que la guerre, ce n’est au fond que cela. Une gigantesque dévastation.
 

PERSONNAGES ET DECORS




Personnages :
-
   - Emile Préjean, 2nd classe, affecté à la transmission. Il a un coté balourd dû à son embonpoint. Il est conscient de l'étrangeté de leur situation et tente de convaincre Curd Feldmann dans un premier temps. Il a quasiment baissé les bras quand quelque chose commence à changer.

-       - Curd Feldmann, officier allemand, commandant d’une unité. Ne se souvient jamais de ce qui s'est passé durant les quatre premières scènes. Il inspectait les premières lignes avec ses sous-officiers quand l'aviation les a bombardé.








 
Décor: Une tranchée allemande partiellement détruite. 
 On voit souvent les tranchées allemandes en parfait état sur les documents historiques. J'ai choisi pour les besoins de l'histoire une tranchée dévastée. 
Au futur décorateur de mettre ça sans-dessus dessous. des planches, des sacs de sables, des barbelés, un ou deux cadavres. Faites preuve d'un peu d'imagination, quoi.

Pour les accessoires, un fusil avec baïonnette, une vielle radio d'époque, une fiole, un couteau et un masque à gaz sont nécessaires. 













EXTRAIT



Acte 1 Scène 1

Lumière style douche sur un officier allemand. Celui-ci s’avance face public et se met au garde à vous.

Curd
Major Feldmann, commandant du 5ème bataillon de la 1ère armée positionnée prés de Bapaume au moment de la bataille de la Somme. Je relate que ces événements aussi incroyables qu’ils paraissent sont véridiques. Et en mon âme et conscience, bien que je cherche aujourd’hui encore la cause et le pourquoi, je peux affirmer que cette épreuve a changé ma vision de la guerre. J’ai rencontré un torrent de boue et de poussière où se sont mêlés l’absurdité et l’aveuglement. L’inutilité des morts et la fatalité des décisions. Mais aussi la solidarité d’un homme et la compassion d’un ami. (Un temps. Il soupire). Le jour où j’ai rencontré le 2nd classe Emile Préjean, je l’ai tué.

Noir.

Acte 1 Scène 2

Lumière sur une tranchée allemande partiellement détruite. On retrouve l’allemand, dans un uniforme abimé, assis contre un tas de planches. Il tient un fusil contre lui et grimace une main sur une jambe. Il regarde autour de lui et appelle.

Curd
Hauptmann ? Oberleutnant ? Hans ?
On attend du bruit à cour. Il redresse son fusil et le tient dans la même direction. Un soldat français, bedonnant et l’air placide, arrive les mains en l’air.
Emile
Non ! Ne tirez pas ! Ecoutez-moi !
Curd
N’avancez plus ! Hauptmann ! Hans !
Emile
C’est inutile. Il n’y a plus que nous deux. Tout le monde est mort durant le raid aérien.
Curd
Je vous ai dit de ne plus avancer ! Hans ! Hans !
Emile
Nous n’avons que très peu de temps.
Il continue à avancer vers lui. L’allemand a le regard apeuré, il regarde autour de lui.
Curd
N’avancez plus !

Il tire. Le soldat français s’effondre.
Noir.

Acte 1 Scène 3

Lumière sur la tranchée. On retrouve Curd toujours assis contre un tas de planches. Il tient toujours son fusil contre lui et grimace une main sur une jambe. Il regarde autour de lui et appelle.
Curd
Hauptmann ? Oberleutnant ? Hans ?
On attend du bruit à cour. Il redresse son fusil et le tient dans la même direction. Personne ne vient.
Curd
Hauptmann ? Hans ?
Le soldat français arrive sans bruit du fond de la scène, l’allemand lui tourne le dos. Quand il est assez près, il se jette sur lui. Ils se battent un instant au corps à corps. Le français crie, blessé par la baïonnette, puis reprend l’avantage et immobilise l’allemand tenant le manche du fusil contre sa gorge.

Emile
Ça suffit maintenant ! Ecoutez-moi !
Curd
A moi ! Hauptmann ! Hans !
Emile
Il n’y a plus que nous deux. Tout le monde est mort durant le raid aérien.
Curd
Lâchez-moi ! Lâchez-moi !
Emile
Pas avant que vous m’ayez écouté.
Curd
Je n’écouterais rien tant que vous ne me lâcherez pas !
Emile
Tête de mule de tête de Boche ! Dans vingt minutes, nous serons morts tous les deux !
Curd
Quoi ?
Emile
Des gaz vont être lâchés par mon commandement. Afin de nettoyer cette ligne et que vous ne puissiez pas vous y réinstaller. Nous devons trouver un moyen de sortir d’ici.
Curd
Lâchez-moi ! Vous m’étranglez !
Le soldat français le relâche et se relève en grimaçant, tenant le fusil tandis que l’allemand reprend son souffle.
Emile
C’est malin. Vous m’avez blessé avec votre baïonnette…
Curd (appelant)
Hans ! Hans ?
Un temps puis il se redresse et regarde en arrière prenant conscience des dégâts. Il paraît soudain résigné.
Emile
Ecoutez-moi ….
Curd
Morts…tous…je suis le seul survivant….Qui êtes-vous ?
Emile
2nd Classe Emile Préjéan…bon sang…nous perdons un temps fou…
Curd
Comment savez-vous que votre État-major va utiliser les gaz ?
Emile
Je le sais…
Curd
Je ne vous crois pas.
Emile
Je sais aussi que vous êtes le Major Feldmann. Que vous commandiez cette unité et que le Hauptmann Hans Rosenberg était votre ami d’enfance…mais il est mort… comme tous les autres. A cause de notre aviation.

L’officier allemand le regarde avec suspicion.

Curd
Vous êtes un espion ?
Emile
Non. (Il le fixe un instant) Bon sang, si je pouvais me sortir de cette panade sans vous, croyez-moi, je le ferais.
Curd
Qu’est-ce qui vous en empêche ?
Emile
J’ai déjà essayé. Ça n’a pas marché.
Curd
Vous êtes fou.
Emile
Peut-être…Mais je ne mourrais pas ici. (Un temps.) Avez-vous une radio ?
Curd
Quoi ?
Emile
Une radio. Vous avez bien une radio ?
Curd
Oui…Non…Peut-être…le soldat de liaison était dans l’abri sous-terrain. Allez voir….Mais vous espérez quoi avec ?
Emile
Si je trouve la bonne fréquence, je pourrais peut-être avertir mon commandement de ne pas envoyer les gaz.
Curd
Pourquoi devrais-je vous croire ?
Emile
Regardez donc autour de vous. Pourquoi j’inventerais tout ça ? (Un temps) J’y vais. Pas d’entourloupe, hein ?

Il s’éloigne prudemment à jardin, pénétrant dans des décombres avant de disparaître.

Curd (observant autour de lui)
Tout ceci n’a aucun sens.

Il réfléchit puis se met à ramper. Il va jusqu’au corps sans vie d’un soldat[1] et le fouille, cherchant quelque chose. Il finit par sortir un couteau de combat qu’il regarde un instant.
On entend du bruit à jardin. Curd Feldmann cache le couteau dans sa veste puis regagne sa place initiale.
Le soldat français revient des décombres avec un masque à gaz et une radio en mauvaise état.

Emile
J’ai trouvé ça. Dommage qu’il n’y en ait qu’un. Et cette radio…si j’arrive à en faire quelque chose…
Il s’assoit à deux mètres de l’officier allemand.
Emile
Votre jambe…Ça va ?
Curd
Ça me lance, j’ai dû recevoir des éclats à l’intérieur.
Emile
Je regarderais après. (Il consulte une montre avec une chaine) Plus que huit minutes, ça va être encore court.
Il la range et commence à bidouiller la radio. L’officier allemand le regarde faire.
Curd
Tout à l’heure. Que vous vouliez-vous dire ?
Emile
Quand ?
Curd
Vous avez dit que vous aviez essayé de sortir de cette tranchée sans moi mais ça n’a pas marché.
Emile
Oui. Je me suis fait tirer dessus.
Curd
Qui ?
Emile
Par les vôtres, par les miens…Qui sait ?
Curd
Vous n’êtes pas blessé pourtant.
Emile
Pourtant… je suis mort.

Curd Feldmann regarde Emile Préjean intensément.

Curd
Vous êtes fou.
Emile
Quoi ? Vous croyez que c’est la première fois que l’on se rencontre ?


[1] Mannequin dont le visage est caché.